Mon premier vélo au Japon, je l’ai acheté pour 7 000 ¥ dans une friperie de quartier. Un mamachari — la « bicyclette de maman » — avec panier à l’avant, garde-boue, et un guidon haut qui vous laisse le dos droit.
Ce vélo a changé ma façon de vivre la ville.
Le vélo au Japon : une culture, pas un sport
En France ou en Belgique, le vélo est souvent associé au sport, à la santé, ou à un engagement écologique. Au Japon, c’est simplement un moyen de transport ordinaire — utilisé par tout le monde, à tout âge, pour aller au supermarché, au collège, chez le médecin.
Le Japon compte environ 72 millions de vélos pour une population de 125 millions d’habitants (Ministère des Transports japonais, 2022). Dans les villes moyennes et les banlieues, le vélo est souvent le lien entre le domicile et la gare.
Le mamachari est le roi de cet usage : stable, pratique, peu coûteux, équipé d’un antivol intégré. On trouve aussi des vélos électriques (denkidōsha) de plus en plus répandus, notamment chez les parents transportant des enfants.
Les règles à connaître
Le vélo au Japon est légalement un véhicule. Il doit, en principe, rouler sur la chaussée — sauf sur les trottoirs signalés comme autorisés aux cyclistes. Dans les faits, les cyclistes empruntent les trottoirs partout, et la police ferme les yeux dans la plupart des cas.
Mais quelques règles sont appliquées :
- Pas de téléphone en roulant : infraction depuis 2023, amende de jusqu’à 50 000 ¥ voire emprisonnement en cas d’accident.
- Port du casque : obligatoire légalement depuis avril 2023 pour tous les cyclistes, mais la règle est peu appliquée pour l’instant et le taux de port reste faible (~14 % en 2024 selon la police nationale).
- Deux personnes sur un vélo : interdit, sauf pour les vélos homologués avec siège enfant.
- Pas d’alcool : conduire un vélo en état d’ivresse est une infraction pénale au Japon.
Stationner son vélo : un sujet sérieux
Le stationnement sauvage des vélos est un problème urbain pris très au sérieux. Dans les grandes villes, les vélos mal stationnés — sur les trottoirs, contre les murs, près des gares — sont ramassés par les autorités municipales et emmenés dans des fourrières (hōchi jitensha hokan-jo).
Pour récupérer un vélo saisi, il faut :
- Trouver la fourrière compétente (les panneaux indiquent en japonais où se rendre)
- Payer une amende de récupération : généralement 2 000 ¥ à 3 000 ¥
La plupart des gares disposent de parkings à vélos officiels (jitensha-chūshajō) — payants (entre 100 ¥ et 200 ¥ par jour) ou parfois gratuits. Dans les grandes agglomérations, des parkings automatisés souterrains (Eco Cycle) permettent de garer son vélo en quelques secondes.
La marche : un acte de ville
Tokyo est l’une des villes les plus marchables au monde. Les trottoirs sont larges et bien entretenus, les passages piétons nombreux, l’éclairage public excellent. La signalétique pédestre est de plus en plus bilingue.
Deux choses m’ont surpris :
- On marche à gauche. Comme pour la circulation automobile, la convention informelle est de longer à gauche dans les couloirs, les escaliers et les trottoirs. C’est implicite — et violer cette règle peut créer des micro-frictions dans les zones bondées.
- Manger en marchant est mal vu. Dans beaucoup de quartiers, manger en se déplaçant dans la rue est considéré comme impoli. Les stands de rue prévoient souvent un espace où s’arrêter. Manger en marchant n’est pas toujours sanctionné, mais ça se remarque.
Ce que ces habitudes ont changé
Depuis que j’utilise le vélo pour les trajets de moins de 30 minutes et que je marche davantage, j’ai une connaissance de la ville que je n’aurais pas eue en restant dans le métro.
Je connais les rues secondaires, les raccourcis, les petits sanctuaires cachés, les boulangeries ouvertes tôt. Je sais où le bitume est abîmé, où les cerisiers fleurissent les premiers, où il y a un banc pour s’asseoir.
C’est une façon d’habiter la ville plutôt que de la traverser.
Sources : Ministère des Transports japonais (2022), Agence nationale de la police (rapport cyclisme 2024), observations personnelles.